L'actualité de la Nature, L'actualité des jardins

Un papillon protégé observé au parc du château de Grouchy

Très coopératif, ce papillon ! © CACP – Mathilde VASSENET

Des inventaires de biodiversité, indicateurs de gestion d’une prairie

Le 5 juillet 2018, nous sommes allés au parc du château de Grouchy à  Osny. La communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise y gère en fauche tardive une prairie humide dont la biodiversité est évaluée depuis plusieurs années par l’application de deux protocoles de sciences participatives pour gestionnaires d’espaces verts : Florilèges prairies urbaines (plantes) et Propage (papillons de jour).

Une belle rencontre avec une espèce protégée

Lors d’un transect, méthode d’inventaire de Propage, nous avons rencontré ce Flambé, Iphiclides podalirius. Cette espèce protégée en Ile-de-France doit son nom vernaculaire à  ses belles lignes noires.

Ses chenilles consomment des feuilles de prunellier ou de cerisier.

Iphiclides podalirius – Verger du parc du château de Grouchy à  Osny © CACP – Marion Poiret

Tout comme les plumes des oiseaux, les écailles, qui couvrent ses ailes et forment les motifs caractéristiques de l’espèce, permettent au papillon de trouver son ou sa partenaire pour se reproduire. Elles sont aussi probablement impliquées dans la conduite du vol, ainsi que dans l’émission et sans doute la perception d’odeurs. Elles sont accrochées, telles des tuiles d’un toit, à  la membrane transparente qui constitue la structure de l’aile.

Ces écailles ne sont pas plus grosses qu’un grain de pollen. Retrouvées au fond des lacs ou dans les sols anciens elles pourraient permettre, comme le pollen, de raconter l’histoire d’un site et peut être même de dater certaines couches de sédiments.

Un copieux repas de nectar © CACP – Marion Poiret

Abîmer les écailles d’un papillon ne l’empêchera pas de vivre, mais il ne sera pas reconnu par ses congénères et ne pourra pas se reproduire.

Retrouvez nos articles sur le Flambé et une espèce proche, le Machaon :

Le Flambé

Qui mange mes carottes ?

D’autres observations dans cette prairie du parc du château de Grouchy :

Deux volucelles au verger de Grouchy

La phalène anguleuse

Ectophasia, jolie mouche de Grouchy

L'actualité de la Nature

Å’demères

Oedemera podagrariae, l’œdemère ochracé – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Les œdemères sont des coléoptères de la famille des Oedemeridae qui compte une quarantaine d’espèces et sous-espèces en France. Les adultes sont faciles à  observer en été sur toutes sortes de fleurs où ils viennent se nourrir de pollen. Comme les longicornes (Cerambycidae) dont ils sont proches, leurs larves vivent dans le bois mort ou dans des tiges sèches.

La rencontre entre une demoiselle aux ailes fumées et un œdemère – Maurecourt © CACP – Gilles Carcassès

Les œdemères sont des insectes d’assez petite taille (un centimètre tout au plus).

Oedemera nobilis, l’œdemère noble, aux reflets verts métalliques – Maurecourt © CACP – Esteban Lorente

Chez plusieurs espèces, les mâles arborent des cuisses volumineuses. C’est sans doute un moyen pour se faire remarquer des femelles…

A ce propos, voici l’histoire d’une aventure amoureuse chez les œdemères nobles. La scène se passe à  Vauréal sur une fleur d’églantier :

Oedemera nobliis mâle et femelle © CACP – Gilles Carcassès

Attrape-moi si tu peux !

Coulpe d’œdemères nobles © CACP – Gilles Carcassès

Admirez la performance acrobatique : le mâle nous montre sa face ventrale.

Couple d’œdemères nobles en fuite © CACP – Gilles Carcassès

La femelle a eu peur du photographe et s’est cachée au revers d’un pétale, entraînant son partenaire avec elle. J’ai arrêté là  ma séance de photographie. C’est vrai, ils ont droit à  un peu d’intimité…

Retrouvez d’autres articles sur des coléoptères floricoles :

Les airbags de Malachius

Le téléphore fauve

La cétoine punaise

Les clairons

Non classé

Le parc du château de Grouchy

Parc du château de Grouchy à  Osny © Gilles Carcassès

Le parc du château de Grouchy est un espace public de 39 hectares, aménagé sur d’anciens marais dans la vallée de la Viosne. Le Conseil départemental du Val d’Oise, la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et la commune d’Osny se partagent sa gestion écologique. La château, autrefois propriété du marquis Jean-Félix de Grouchy (arrière-petit-fils du maréchal d’Empire Emmanuel de Grouchy), abrite la mairie d’Osny depuis 1989. Les corniches du château hébergent la plus belle colonie d’hirondelles de fenêtre de Cergy-Pontoise.

Orchis purpurea, l’Orchis pourpre, parc du château de Grouchy © CACP – Gilles Carcassès

Découvrez en images quelques aspects de la faune et de la flore du parc :

Les peupliers et les nombreux arbres morts accueillent une entomofaune particulière.

Saperda perforata, la saperde perforée. Cet longicorne est rare en Ile-de-France. Sa larve creuse les troncs des peupliers morts © CACP – Gilles Carcassès
Dorcus parallelipipedus, la Petite biche, est commune dans les souches pourries © CACP – Gilles Carcassès
Apatura ilia, le Petit mars changeant. Sa chenille consomme les feuilles des peupliers dans les boisements humides de bonne qualité écologique © CACP – Gilles Carcasses
Pyrochroa serraticornis, le Cardinal à  tête rouge. Sa larve aplatie chasse les insectes sous les écorces dans le bois mort © CACP – Gilles Carcassès

De nombreuses espèces introduites pour l’ornement se sont naturalisées dans le parc.

Potentilla indica, le faux-fraisier : une plante asiatique ornementale souvent naturalisée dans les parcs des châteaux © CACP – Gilles Carcassès
Bernache nonette, oie domestique et bernaches du Canada broutent tranquillement l’herbe devant le château © Gilles Carcassès

Les bords de l’étang et de la Viosne sont le paradis des oiseaux aquatiques, des odonates et des insectes qui apprécient la riche végétation des berges.

Calopteryx splendens, l’Agrion éclatant, près de la Viosne © Gilles Carcassès
Libellula fulva (mâle), la Libellule fauve, commune au bord de l’étang © CACP – Gilles Carcassès
Cane colvert et son caneton © CACP – Marion Poiret
Araschnia levana, la Carte géographique affectionne les massifs d’ortie des berges de la Viosne © Gilles Carcassès
Cassida rubiginosa, une chrysomèle carrossée comme une tortue, au bord de la Viosne © Gilles Carcassès

En limite ouest du parc, une prairie fleurie offre en hiver le couvert aux oiseaux granivores.

Deux chardonnerets, sur une chicorée et une cardère © Gilles Carcassès

La prairie humide du Verger permet de belles observations d’insectes. Nous y inventorions chaque année les papillons et les plantes de la prairie avec les protocoles Propage et Florilèges prairies urbaines.

Volucella pellucens, la volucelle transparente, sur un cirse maraîcher © CACP – Gilles Carcassès
Ectophasia crassipennis, la Phasie crassipenne. Cette mouche parasite les punaises © CACP – Gilles Carcassès
Timandra comae, la phalène anguleuse. Sa chenille consomme des rumex © CACP – Gilles Carcassès

Retrouvez quelques-uns de nos articles sur la biodiversité du parc du château de Grouchy :

Naissance d’une libellule au parc du château de Grouchy

Extra plats

Encore vivante !

Deux plumes d’Indien

Retour sur la fête de la nature 2018 à  Cergy-Pontoise

Une aeschne bleue au parc du château de Grouchy

Un papillon protégé observé au parc du château de Grouchy

La teigne de la scutellaire

Le pic mar

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L’émergence des hyponomeutes

L’énigme du fil de pêche en forêt…

Lors d’une sortie à  Vauréal, nous avons découvert un long fil suspendu à  une branche de fusain d’Europe. Il était tellement résistant que l’on en a déduit, un peu vite, que ça devait être un fil de pêche.

Etrange, tout de même, un fil de pêche à  la lisière d’un bois, sans point d’eau aux alentours… Regardons cela de plus près.

Après quelques recherches, nous découvrons dans le secteur de nombreux cocons suspendus au revers de feuilles de lierre. La mise en élevage de quelques-uns de ces cocons dans un bocal aéré a permis rapidement de déterminer l’insecte : il s’agit de cocons d’Yponomeuta cagnagella, le grand hyponomeute du fusain.

Yponomeuta cagnagella à  l’émergence dans son bocal d’élevage © CACP – Gilles Carcassès
Le grand hyponomeute du fusain © CACP – Gilles Carcassès

Les chenilles de ce papillon de nuit sont d’excellentes tisseuses. Et le fil que nous avions trouvé était en fait un solide assemblage de soies produites par les chenilles pour descendre de l’arbre en groupe à  la recherche d’un lieu propice pour se nymphoser.

Toiles d’hyponomeutes et fils de de descente – bois de Cergy © François Lelièvre

A l’automne, la femelle pond sur les rameaux des fusains d’Europe des œufs très petits et recouverts d’une substance collante, imitant l’écorce. Les jeunes chenilles vont hiberner sous un bouclier brunâtre. Au printemps, elles se regroupent sur une branche pour tisser leur toile et commencer à  consommer les feuilles.

Chenilles d’hyponomeutes au mois de mai – parc du château de Grouchy à  Osny © CACP – Gilles Carcassès

Des chenilles grégaires et voraces

Après avoir presque entièrement défolié l’arbre, elles tissent leur cocon et finalement se métamorphosent pour perpétuer l’espèce. Bien que ces chenilles fassent disparaitre toutes les feuilles de leur plante hôte et la recouvrent de toiles disgracieuses, l’arbuste survit facilement et se regarnit en été.

Surtout, ne pas traiter !

Les chenilles d’hyponomeutes ne sont pas dangereuses pour les fusains, elles ne sont pas non plus urticantes ni toxiques pour les humains. Les laisser vivre favorise la biodiversité : les papillons de nuit font le bonheur des chauves-souris ! Traiter chimiquement les chenilles d’hyponomeutes serait donc une bien mauvaise idée, un geste à  la fois inutile, coà»teux et néfaste !

Evitons toute de même les haies monospécifiques de fusains d’Europe

Pour éviter les catastrophes esthétiques, les jardiniers avisés éviteront cependant de planter en grandes masses cette espèce. Mais en tant que plante indigène, le fusain utilisé avec parcimonie a toute sa place dans les haies champêtres en mélange.

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Les beaux papillons de Cergy-Pontoise

La carte géographique en juillet – parc de Grouchy à  Osny © CACP – Gilles Carcassès

La carte géographique est ainsi nommée en raison des fins réseaux clairs qui ornent le dessous de ses ailes. C’et l’un des mes papillons préférés !

Araschnia levana, la carte géographique, vue de dessus – parc des noirs marais à  Osny © CACP – Gilles Carcassès

Les individus de la génération d’été ont le dessus des ailes très sombre avec des marques blanches bien visibles.

Araschnia levana au printemps – parc de Grouchy à  Osny © Gilles Carcassès

La tonalité générale de la première génération, que l’on voit en avril et mai, est beaucoup plus claire.

Retrouvez beaucoup d’autres espèces dans notre diaporama publié sur 13 comme une :

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Encore vivante !

Aà¯e ! © CACP – Gilles Carcassès

Une surprise au parc de Grouchy

En repérage pour une animation dans les allées du parc du château de Grouchy à  Osny, j’ai trouvé la tête d’un gros coléoptère sur un tas de bois. Un pic, un corvidé ou une chouette aura attaqué ce mâle Dorcus paralellipipedus, (reconnaissable à  ses mandibules courtes mais fortes), ne consommant que l’abdomen et une partie du thorax.

Intéressant, me suis-je dit, pour notre animation, et j’ai ramassé le trophée. Mais je n’avais pas imaginé que la tête de cette « Petite Biche » allait me mordre ! Et si je bougeais, elle serrait plus fort ! Pas vraiment douloureux, mais impressionnant. Alors j’ai attendu, une minute ou deux, qu’elle se fatigue et tombe à  terre. J’ai pris cette photo pour immortaliser l’aventure.

Je me suis demandé combien de temps la tête séparée du corps d’un insecte est encore capable d’effectuer des mouvements. Autrement dit, ai-je loupé le pic à  quelques minutes près ou à  quelques heures ? Et la chouette de la nuit précédente, est-elle aussi plausible ?

Pour répondre à  cette question, un entomologiste du début du siècle dernier a fait des expériences. Selon les espèces, la tête reste active entre 3 heures (pour les taons) et 6 jours (pour les perce-oreilles). Pour les coléoptères, ce serait de l’ordre d’une dizaine d’heures. Et le corps des insectes décapités, gigote-t-il aussi longtemps ? Plus encore que la tête : généralement plusieurs jours, jusqu’à  18 pour certains papillons !

Source :

Résistance à  la mort par décapitation ou immersion, V. Brandicourt (1901), OPIE

Retrouvez notre article :

Ma petite biche

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Extra plats

Larve de Cardinal (Pyrochroa sp.) – parc du château de Grouchy à  Osny © CACP – Gilles Carcassès

Pour chasser sous les écorces des arbres morts, mieux vaut avoir le bon profil ! Cette larve de Pyrochroa est très à  l’aise pour se faufiler dans la moindre fente ou galerie à  la recherche des larves de buprestes et d’autres insectes xylophages qui font son ordinaire. Les Pyrochroa sont réputés fréquenter surtout les troncs pourrissants des chênes. J’ai trouvé cette larve sous l’écorce d’un peuplier dans le parc du château de Grouchy à  Osny. On voit facilement sur la végétation dans les clairières les adultes des deux espèces qui cohabitent dans le parc : Pyrochroa coccinea (à  tête noire) et Pyrochroa serraticornis (à  tête rouge).

Pyrochroa coccinea sur un fusain – Osny © CACP – Gilles Carcassès
Pyrochroa serraticornis – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Sous l’écorce de la même grume de peuplier, j’ai trouvé un autre coléoptère tout plat, un adulte cette fois-ci.

Hololepta plana – Osny © CACP – Marion Poiret

Il s’agit de Hololepta plana, de la famille des Histeridae. Contrairement aux autres membres de sa famille qui sont plutôt rondouillards, cette espèce est très aplatie : c’est une adaptation pour son mode de vie particulier. C’est en effet un prédateur de larves d’insectes, de diptères notamment, qu’il chasse sous les écorces des troncs de saules et de peupliers morts.

Source :

Le cardinal, par Quel est ce animal ?

Retrouvez un autre article sur les Pyrochroa :

Pince monseigneur

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Faune et flore des champs

Coquelicots à  Osny © CACP – Gilles Carcassès

Au bord des champs, on peut faire de belles observations. Mais comment reconnaître les plantes et les oiseaux que l’on y rencontre ? Je vous ai sélectionné trois petits guides numériques gratuits, très pratiques et bien illustrés pour accompagner vos balades :

La clé des champs – Flore des bordures herbacées des milieux agricoles (2012)

Oiseaux des champs – Guide d’identification des espèces communes (2012)

Guide d’identification des messicoles, par le département de l’Eure

Le miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris) dans les blés à  La Roche-Guyon © CACP – Gilles Carcassès
Faisan de Colchide © CACP – Gilles Carcassès
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La saperde perforée

Saperda perforata – parc du château de Grouchy à  Osny © CACP – Gilles Carcassès

Saperda perforata, une espèce en extension vers l’ouest

Cette saperde d’Europe centrale est longtemps restée une rareté alsacienne, connue seulement de la région de Haguenau, dans le Bas-Rhin ; sa première mention dans cette localité date de 1866. Elle a gagné le Haut-Rhin en 1974, puis est signalée dans les Hautes-Alpes en 1995, elle est ensuite observée dans l’Allier et dans la région Centre en 1997. Aujourd’hui, elle semble bien établie dans les Alpes et le centre de la France et est attestée en Seine-et-Marne et dans l’Oise. Elle aurait été vue aussi dans les Yvelines et en Essonne.

Carte de répartition de Saperda perforata, par l’INPN

Je suis content de pouvoir ajouter le Val d’Oise au domaine de ce superbe coléoptère. Mon observation viendra verdir la carte de répartition de l’espèce sur le site de l’INPN lorsque la donnée sera intégrée, l’an prochain sans doute.

La saperde perforée est inféodée aux peupliers. Sa larve se développe sous l’écorce des arbres morts. Il paraît que lorsque la larve consomme le bois d’un peuplier tremble, l’adulte est de couleur grise.

Source :

Extension en àŽle-de-France de Saperda perforata, par Philippe REISDORF, Pierre ZAGATTI et Nicolas MOULlN (2012)

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Le lamier pourpre

Lamium purpureum, le lamier pourpre – Osny © CACP – Gilles Carcassès

Ces jours-ci, le lamier pourpre illumine les bords des chemins ! On aura reconnu les caractéristiques indicatrices d’une Lamiaceae : la tige carrée, les feuilles opposées décussées (décalées de 90° à  chaque entre-nœud), la fleur à  deux lèvres, comme une gueule grande ouverte qui paraît-il évoque Lamia, une ogresse de la mythologie grecque. Cette espèce est facile à  reconnaître avec ses jeunes feuilles franchement pourprées.

Les jardiniers connaissent bien le lamier pourpre, car c’est une adventice fréquente des potagers. On peut utilement lui épargner la binette en hiver en la laissant jouer son rôle de couvre-sol qui protège de l’érosion et évite la battance de la terre par les pluies. Au moment de la préparation des planches pour les semis de printemps, elle sera très facile à  éliminer.

Autre bienfait : elle fleurit toute l’année, offrant en continu des ressources alimentaires aux insectes auxiliaires.

La dispersion de ses graines est aidée par les fourmis, qui sont attirées par une excroissance charnue à  la base des akènes. Celle-ci constitue une source précieuse de lipides pour leurs larves. Aussi elles les collectent et les transportent dans leur fourmilière pour l’élevage du couvain.

Sources :

Lamier pourpre, le cœur sur la feuille, par Sauvages du Poitou

Lamium purpureum, par Ephytia (INRA)