En présence des salariés de l’association ACR, nous sommes allés inventorier la faune et la flore des parcelles que cette association gère selon les principes de l’agriculture biologique à Vauréal. Nous avons eu le plaisir d’y rencontrer ce papillon rare et protégé en Ile-de-France : la thécla de l’orme (Satyrium w-album). Comme son nom l’indique, la plante hôte pour la nourriture des chenilles est l’orme, la femelle y pond au niveau des bourgeons terminaux.
On reconnaît cette espèce au motif caractéristique en forme de « W » blanc bien anguleux sur son aile postérieure.
Nous avions aperçu cet élégant petit papillon au parc du château de Grouchy, à Osny, quelques jours plus tôt, mais il avait été moins coopératif pour la photo !
Sources :
Atlas des papillons de jour dans le Val d’Oise, par Alexis Borges et Xavier Houard, un ouvrage conçu par le Conseil départemental du Val d’Oise et l’OPIE
La doublure jaune (Euclidia glyphica) est un papillon très commun, présent dans presque toute l’Europe et visible de mai à aoà»t. Même s’il s’agit d’un « papillon de nuit », il est actif le jour.
Ses ailes postérieures forment « une doublure jaune », agrémentée de bandes brun foncé.
Ce papillon affectionne les friches riches en Fabaceae car ses chenilles consomment des plantes de cette famille, comme le trèfle des prés ou le lotier corniculé.
Selon les individus, les taches sont plus ou moins marquées. Ici, le papillon est posé sur un trèfle porte-fraise, plante hôte potentielle pour ses chenilles.
Aux abords du campus de Neuville-sur-Oise, nous observons régulièrement sur les fleurs de tanaisie le cuivré commun. Ce papillon de la famille des Lycaenidae a pour plante-hôte les rumex. On le trouve dans les formations végétales où sont présentes les différentes espèces d’oseilles sauvages : pelouses, friches, prairies humides, tourbières… Le mâle a un comportement territorial et décolle au moindre passage d’un papillon dans son champ de vision.
Quelles différences voyez-vous entre le mâle et la femelle de la phalène picotée ?
La femelle a le fond des ailes plus blanc ? C’est vrai, le mâle est de teinte plus jaune.
Les antennes du mâle sont pectinées ? Voilà un critère décisif. Mais à quoi lui servent ses antennes extravagantes ? A chercher les femelles bien sà»r, car il les repère à l’odeur, et de très loin paraît-il.
Ematurga atomaria n’est pas difficile quant aux plantes hôtes : ses chenilles consomment les bruyères, les genêts, les lotiers, les coronilles, les centaurées et bien d’autres plantes basses.
Ce papillon est un hétérocère, c’est-à -dire un papillon de nuit, bien qu’on le voie souvent voleter en plein jour quand on le dérange en passant dans les hautes herbes.
Les hespéries sont de petits papillons de jour difficiles à déterminer, sauf cette espèce repérable à la coloration rousse du bout de l’abdomen et au bel alignement des quatre taches blanches submarginales de l’aile antérieure (chez les Pyrgus, la quatrième tache est décalée, voir ci-dessous).
L’hespérie des sanguisorbes est une espèce très peu observée en Ile-de-France en dehors de la région de Fontainebleau. Cettia Ile-de-France indique depuis 2012 deux observations dans les Yvelines et une dans le Val d’Oise. Spialia sertorius est classé « vulnérable » dans la liste rouge régionale des papillons de jour. Sa plante hôte préférée est la petite pimprenelle, Poterium sanguisorba (synonyme Sanguisorba minor).
La sortie nature au campus de Neuville-sur-Oise, dans la cadre de l’événement Make Neuville Green Again avait été annoncée par notre article du 13 mars 2019. Les participants ont été invités à une petite boucle, de la Maison Internationale de la Recherche à la gare, ponctuée d’arrêts qui ont permis de lever le voile sur certains aspects étonnants de la biodiversité locale :
Des approfondissements seront proposés ce printemps, en priorité aux étudiants, qui permettront de constituer des inventaires de biodiversité du campus de Neuville-sur-Oise, mettant en application différents protocoles de sciences participatives, sur les oiseaux, les coccinelles, les plantes, les papillons…
Malgré leurs épines, les cardères ne sont pas des chardons. Ces plantes bisannuelles sont maintenant classées dans la famille des Caprifoliaceae. Leurs inflorescences sont très visitées en hiver par les chardonnerets qui en extraient les graines avec leur bec pointu.
J’en ouvre une autre. Surprise : la cavité de cette inflorescence est habitée ! Une petite chenille gris clair y a accumulé une belle quantité d’excréments et a tissé un discret cocon. On voit au-dessus d’elle un orifice bien rond. Je suppose que c’est le trou d’entrée de la jeune chenille.
Que nous apprend la littérature scientifique ?
Il existe bien une noctuelle de la cardère, mais sa chenille est rayée et elle ne ressemble pas du tout à la mienne. Il s’agirait en fait de la larve d’un Endothenia, papillon de nuit de la famille des Tortricidae. Il semble que deux espèces de ce genre fréquentent ainsi les inflorescences des cardères. Distinguer les adultes de ces deux espèces est un exercice délicat, et reconnaître les chenilles encore plus difficile. J’en resterai donc au genre.
Pour espérer voir un jour le papillon, je referme délicatement l’inflorescence avec un peu de fil à coudre et je la place dans un sachet de papier épais suspendu à un arbuste du jardin. Il me faudra patienter jusqu’en avril, paraît-il.
« On rencontre dans la partie supérieure du chardon à foulon un ver qui, écrasé sur les dents, peut, par son application, ou même par le contact des doigts avec lesquels on l’a broyé, produire un calme instantané, une cessation immédiate de la douleur odontalgique. J’ai plusieurs fois employé ce singulier moyen avec succès. La douleur revient au bout de dix, quinze ou vingt minutes ; mais une nouvelle application produit le même soulagement. Je l’ai réitérée jusqu’à cinq fois successives sur la même dent, et toujours j’ai obtenu le même résultat. J’engage les savants à faire des recherches sur les causes de cet effet vraiment extraordinaire. »
Personne n’avait mal aux dents autour de moi, on ne saura pas si cela fonctionne.
Sur les choux cavaliers, les chenilles de la piéride ne sont plus là , mais une mouche Tephritidae se chauffe au soleil. L’extrémité de l’aile est noire avec un petit point blanc : il s’agit de Tephritis vespertina, dont la larve vit dans les capitules de la porcelle enracinée, une astéracée très commune dans les pelouses.
Je suis des yeux un papillon à l’allure sombre. Il finit par se poser sur le pignon de la maison de Patrice.
C’est un vulcain. Ce papillon a passé l’hiver à l’état adulte, abrité dans une cavité ou sous un tas de feuilles. Les premiers rayons de soleil de février l’ont réveillé.
Lorsqu’il étale ses ailes, on voit le grand motif orange presque circulaire, ponctué dans sa partie arrière de petites taches noires avec des écailles bleues.
Cette silhouette en T est typique des Pterophoridae, une famille de papillons de nuit qui compte 144 espèces en France (et je n’en connais que quatre !).
Comme tous les lépidoptères, ils ont bien deux paires d’ailes, mais elles sont étroites et généralement superposées. Ci-dessus, l’une des espèces les plus fréquentes dans cette famille, le ptérophore commun (Emmelina monodactyla) dont la chenille consomme les fleurs et les jeunes feuilles de liserons.
Le ptérophore blanc, aux ailes nettement lobées et plumeuses est aussi un hôte des liserons. On trouve cette espèce dans les mêmes endroits que la précédente, les jardins et les bords des champs.
Quant aux Amblyptilia , leurs chenilles consomment de nombreuses espèces de plantes basses dont les liserons, les géraniums, les menthes et aussi l’épiaire des bois. Pour cela, on peut rencontrer cette espèce dans les bois humides, comme ici dans le parc du château de Grouchy. Elle est commune en raison de son caractère polyphage.
De très nombreuses autres espèces dans cette famille sont spécialisées sur un genre ou même une espèce de plante. Il existe des Pterophoridae inféodées plus ou moins strictement aux tussilages, aux seneçons, aux knauties, aux laitues vireuses, aux germandrées, aux origans, aux gentianes, aux marrubes, aux inules, aux pâquerettes, aux eupatoires… Et beaucoup d’espèces n’ont pas de plantes hôtes connues. Il reste tant à découvrir sur la biologie de ces étranges papillons !
Découvrez dans ces articles les étonnantes chenilles de quelques Pterophoridae :
Ces objets étranges trouvés dans un nichoir à mésanges sont les crottes d’une chenille de sphinx. Compte-tenu de l’environnement de la découverte, le sphinx du troène est plausible, ainsi que celui du tilleul. Pourquoi une chenille est-elle venue crotter dans un nichoir à mésanges ? On peut supposer qu’elle y est venue en été après le départ des oisillons. Peut-être avait-elle trouvé là un endroit sà»r pour passer ses nuits…